Ah, la miche ! Ce mot dodu, croustillant, doré à point, qui s’épanouit sur la langue comme une pâte levée au soleil du matin. La miche, pain des humbles et des rois, emblème du partage et du péché mignon. Mais un mystère persiste, insondable et pourtant universel : pourquoi diable compare-t-on les seins de la boulangère à des miches ?
I. De la métaphysique du fournil
Tout commence à l’aube, quand la boulangère, drapée dans sa farine céleste, enfourne les pains du jour. Le four, temple ardent, devient un utérus de levain et de chaleur. Là, la pâte gonfle, respire, prend forme — comme une chair heureuse qui se prépare à naître.
Le client, encore embrumé de sommeil, contemple la scène : il ne voit plus du pain, il voit la promesse d’une forme connue, d’une courbe amie, d’un réconfort ancestral. Le sacré et le charnel se confondent : la miche devient métaphore de la vie qui lève.
II. Le parallélisme des rondeurs
Car enfin, tout est affaire de géométrie. Deux sphères bienveillantes, tendres à l’œil comme au toucher, symbolisent la plénitude terrestre. Dans le pain comme dans la chair, l’humanité cherche la rondeur contre l’angle, la chaleur contre la froideur du monde.
Les seins, ces astres nourriciers, rappellent au mortel affamé la douce époque où il se sustentait sans mâcher. Et la miche, ronde, tiède, odorante, réveille cette mémoire primitive. Nous sommes tous, au fond, des pèlerins du gluten et du lait.
III. De la sainte confusion des sens
Il y a, dans cette comparaison, une liturgie involontaire : la boulangère, telle une prêtresse du petit matin, distribue des hosties charnelles ; ses miches, œuvres et miroirs du pain, s’élèvent dans l’imaginaire collectif jusqu’à la béatitude.
On ne sait plus très bien si l’on veut croquer ou contempler, bénir ou beurrer.
Les frontières s’effacent : la miche devient sainteté, le four un autel, la farine une bénédiction. Les anges pétrissent, les saints lèvent la pâte.
IV. Conclusion – De la transsubstantiation du gluten
Et si, finalement, les seins de la boulangère et la miche de pain n’étaient que les deux faces d’une même mystique de la levée ?
L’un nourrit le corps, l’autre l’imaginaire ; tous deux célèbrent la vie dans ce qu’elle a de plus gonflé, de plus doré, de plus généreusement absurde.
Ainsi donc, rendons grâce à Sa Sainteté la Miche,
pain du désir et chair du petit déjeuner,
symbole d’une humanité qui, entre la croûte et la mie, cherche toujours
un peu de chaleur à caresser.