Beurrer la tartine est souvent perçu comme un geste anodin, matinal, presque sacré. On pourrait croire qu’il ne s’agit que d’une banale interaction entre un couteau, du beurre et un fragment de pain vaguement croustillant. Erreur monumentale ! Beurrer la tartine, c’est une philosophie de vie. C’est l’art de recouvrir la réalité (souvent un peu rance) d’une couche onctueuse d’illusion dorée.
Mais voilà qu’entre en scène sa cousine mondaine : « se dorer la pilule ». Expression clinquante, presque médicale, mais qui cache le même vice délicieux : celui d’embellir le banal, d’enrober le quotidien d’un vernis scintillant pour faire croire qu’on nage dans le beurre… alors qu’on barbote dans la margarine.
Beurrer la tartine, c’est l’effort manuel du petit peuple : l’ouvrier du matin qui affronte le pain dur avec la détermination d’un héros homérique.
Se dorer la pilule, c’est l’attitude aristocratique : on ne beurre plus, on enrobe. On ne tartine pas, on se lustre. On n’a plus besoin de pain, on a déjà la pilule — et elle brille.
Mais attention : ces deux mondes ne sont pas si éloignés. Car que fait-on, au fond, quand on se dore la pilule, sinon… beurrer sa propre tartine psychologique ? L’un avec du beurre, l’autre avec de l’ego. L’un sort la plaquette, l’autre sort l’apparat. Le geste est le même : on s’arrange la surface. On évite le goût amer de la vérité brute.
Et si, par un matin distrait, on décidait de tout mélanger ? D’avaler sa tartine beurrée en pilule dorée ? D’étaler du beurre sur sa pilule ou d’enrober son pain d’une fine couche d’illusion pharmaceutique ? Ce serait la synthèse parfaite du bonheur moderne : une illusion digestive, fondante à souhait.
Finalement, entre la tartine et la pilule, il n’y a qu’un estomac de différence. Qu’on se beurre ou qu’on se dore, l’essentiel est d’éviter de rater la cuisson du réel. Après tout, la vie, c’est un petit-déjeuner cosmique : mieux vaut avoir du beurre dans les idées que des miettes dans l’âme.